Éjaculation précoce : pourquoi les hommes s'y résignent-ils alors que
des solutions existent ?
Atlantico : L'éjaculation
précoce est un trouble sexuel plus fréquent qu'on ne le pensait, qui rend un
homme touché sur deux inquiets sur l'avenir de sa vie sexuelle, selon l'étude
EMOI réalisée par les laboratoires MENARINI et rendue publique mercredi 3
février. Comment définiriez-vous ce symptôme ?
Michelle
Boiron : L’éjaculation précoce, appelée aussi
éjaculation prématurée, vient bien insister sur le fait que l’éjaculation
devrait intervenir en fonction des critères du partenaire. Prématurée par
rapport au temps de l’autre pour atteindre la jouissance. Or l’homme est
programmé biologiquement pour atteindre la jouissance en moins d’une minute, ce
qui à l’époque où la sexualité avait surtout un but de reproduction, était une
durée qui suffisait pour se reproduire. Aujourd’hui ce qui est devenu
primordial, c’est la jouissance des deux partenaires. Lorsque
l’on sait qu’il faut en moyenne 20 minutes à la femme et moins d’une minute à
l’homme pour avoir un orgasme on peut comprendre aisément le chemin à parcourir
pour s’accorder.
Que l’on parle d’éjaculation précoce, terme
péjoratif, ou d’éjaculation prématurée, on parle d’une difficulté de l’homme à
gérer son excitation sexuelle en fonction d’une norme. La société, avec
pléthore d’informations sur le sexe politiquement correct, crée chez l’homme
l’idée d’une norme à atteindre, d’une durée en-dessous de laquelle ils vont
être stigmatisés. L’angoisse de performance professionnelle s’est propagée à
l’intimité. Ce dévoilement de cette intimité et surtout sa codification
ont fait apparaitre la fragilité de l’homme. Là où l’important était sa
jouissance confondue avec l’éjaculation, aujourd’hui le "faire jouir"
devient un must sous le regard de la société. Alors oui, ce symptôme de
l’éjaculation est répandu chez l’homme et crée une plainte sexuelle dans le
couple. Là où tout va vite, il est question d’aller plus doucement !
Peut-il
survenir à tout moment de la vie ou est-ce un problème qui est de naissance ?
Il faut tout d’abord préciser que personne ne
peut avoir de contrôle sur l’éjaculation. Le contrôle doit se faire sur
l’excitation. L’éjaculation est un réflexe et comme son nom l’indique ne peut
plus être contrôlé au moment où il se déclenche. C’est pourquoi il faut agir en
amont.
Il existe effectivement des hommes qui dès
les premières relations sexuelles ressentent une difficulté à retarder
l’éjaculation. Passées les premières fois, qui restent toujours d’un point de
vue émotionnel très fort, certains vont garder cette difficulté à différer tout
au long de leur vie sexuelle. Le cercle vicieux et l’anxiété vont devenir
difficilement gérable et s’aggraver. Pour d’autres, après des périodes
sans histoires et une sexualité satisfaisante, va se produire un événement
déclencheur qui va générer un trouble de l‘éjaculation qui n’était jamais apparu
avant.
Il y a évidemment autant de situations selon
chaque homme pour que la relation sexuelle soit modifiée un beau matin ! Depuis
un changement de partenaire, on a souvent des hommes qui découvrent tard
que l’éjaculation précoce s’est arrêtée en changeant de femme, ce qui vient
valider la thèse selon laquelle dans le couple, c’est 50% chacun de
responsabilité, quel que soit le symptôme présenté. Jusqu’à des traumatismes de
séparations, de problèmes professionnels, d’infections urinaires ou autres pathologies
qui peuvent favoriser une éjaculation précoce provisoire. Le comportement peut
perdurer alors même que la pathologie infectieuse est guérie. L’anxiété vécue
pendant l’infection peut créer le réflexe éjaculatoire.
Il va sans dire que les périodes de grand
stress favorisent l’éjaculation prématurée.
Toujours
selon cette étude, deux tiers des éjaculateurs précoces n'osent pas consulter
pour ce problème. Pourquoi les hommes s'y résignent-ils alors que des solutions
existent ?
Il est vrai que les hommes hésitent à
consulter pour ce problème, précisément parce que la société en a fait une
"maladie" par la médicalisation actuelle de la sexologie. Être malade
du sexe n’est pas politiquement correct, sauf si c’est dans le trop d’érection
comme la pathologie inverse qui est l’anorgasmie pour l’homme. La fascination
sur la durée du pénis en érection, très largement relayée par la pornographie,
accroît les fantasmes de puissance de l’homme qui pénètre et ne faillit
pas. Nous vivons dans une société où la performance est le seul critère.
Il n’est pas question de nier le problème mais de trouver un biais pour que les
hommes consultent.
Le plus souvent, c’est la partenaire qui va à
la suite de plaintes répétées le conduire à consulter un sexologue. Quand ils
arrivent ensemble dans le cabinet, on voit très bien que la femme l’a traîné là
et que lui se serait bien passé de cette mise en scène. Le fait que la femme
exige revendiquer son plaisir aujourd’hui le place d’emblée comme impuissant à
le lui donner. Précisément parce qu’elle refuse d’être l’objet de sa
jouissance, et qu’en parallèle lui ne se sent pas à la hauteur de cette
injonction à tenir et donc à la faire jouir.
Ce changement dans la relation amoureuse incite l’homme
comme la femme, obnubilés par leur jouissance respective, à attribuer la
responsabilité à l’autre, ce qui conduit la relation dans une impasse. Alors faisons en sorte que l’homme consulte pour ce
trouble afin de redonner du sens à la relation sexuelle, en enlevant l’utopie
de la maîtrise et en privilégiant le sens donné à ce symbole de la vie qu’est
le sperme.
Quelles
solutions peut-on apporter à ce problème ? Que peut faire un partenaire sexuel
confronté à cette situation ?
Il est important de consulter un sexologue
car de nombreuses solutions existent.
Tout d’abord, il est important de préciser que l’on peut
conjuguer une méthode comportementale et médicamenteuse en même temps. Nous sommes dans de l’humain, et ce qui convient à l’un
ne convient pas forcément à l’autre.
Depuis les études de master et Johnson avec
le Stop and go et le Squeeze qui peuvent toujours être pratiqués avec succès
sur certains hommes, on note une évolution significative des molécules pour
traiter l’éjaculation précoce.
Les IPDE5 utilisés pour les problèmes
d’érection peuvent être aussi efficaces sur la durée de l’érection.
Les antidépresseurs provoquent le retard de
l’éjaculation.
Et enfin, les IRS qui sont des inhibiteurs de
la sérotonine provoquent le retard de l’éjaculation dont le dernier-né, le
Dapoxetine. Il est pris à la demande deux heures avant l’acte sexuel quand il
est programmé. On note une nette amélioration de la confiance en soi, une
baisse de l’anxiété et une souffrance atténuée.
En parallèle de tous ces traitements, si la
personne est en couple, une thérapie de couple s’impose. Si la personne est
seule, il faut lui donner des informations pour qu’il puisse être motivé pour
consulter un sexologue.
L’évitement de l’acte sexuel risque à terme
d'être un moyen de ne pas être confronté au risque d’être jugé, d’être
dévalorisé avec la spirale d’échecs qui ne manque pas d’advenir. Cela peut
s’apparenter à une véritable phobie.
Dans tous les cas, une thérapie de soutien
doit accompagner le patient pour qu’il puisse couper avec des mécanismes qui
perdurent depuis des années. Une remise en cause des comportements est
nécessaire tant du point de vue deutrouble de l’apprentissage sexuel, du manque
de communication, du manque d’habileté sexuelle. Mais aussi des fantasmes
irréalisables, de fausses croyances, des repères pornographiques faux…. Alors,
la timidité face à la femme peut être ? On a aussi dit que les hommes
punissaient la femme…
Il y a une solution et il faut la trouver
pour chacun. Il n’y a pas de norme sexuelle. Il faut que chaque couple invente
sa sexualité pour ne pas générer de la frustration, de la culpabilité. La
relation sexuelle doit être là pour apaiser les corps et non les stresser.
Chacun doit s’emmener vers le thérapeute qui lui conviendra.
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